Une illustratrice derrière la machine

Je m'appelle Inès. Huit ans dans une boutique de souvenirs m'ont appris ce qu'on cherche vraiment quand on rapporte un souvenir. Comme je ne le trouvais nulle part, j'ai décidé de le créer.

Inès, illustratrice et créatrice de la machine à souvenirs, un éventail de cartes à la main

Mon histoire

De mes 16 ans à mes 24 ans, j'ai été saisonnière dans une boutique de souvenirs et de produits régionaux. Chaque saison, je retrouvais le comptoir, les vacanciers en quête du petit objet à rapporter, et les cartons de magnets, de porte-clés et de cartes postales identiques d'une ville à l'autre. Saison après saison, j'ai appris ce métier de l'intérieur : ce qui se vend, ce qui prend la poussière, et ce que les gens espèrent vraiment trouver sans jamais oser le demander.

Inès dans les rayons de la boutique de souvenirs où elle a fait ses saisons
Dans la boutique de souvenirs où j'ai fait mes huit saisons.

Au fil des saisons, un constat s'est imposé : le secteur du souvenir ne se renouvelle pas. Peu d'objets qu'on a sincèrement envie de garder, presque rien qui raconte le lieu avec une vraie patte, et surtout aucune expérience dont le client se souvienne. On repart avec un objet, jamais avec un moment.

Je suis moi-même une vacancière comme les autres : quand je voyage, j'aime ramener des souvenirs qui me marquent, qui ont du sens pour moi, que je regarde encore des années après. C'est précisément ce que je ne voyais presque jamais passer de l'autre côté du comptoir.

Inès devant le Taj Mahal, lors d'un voyage en Inde
Que reste-t-il d'un voyage, une fois rentrée ? C'est en me posant la question devant chaque merveille que l'idée des machines a germé.

Et puis il y a ce souvenir d'enfance. Ces petites machines à boules où l'on glissait une pièce pour voir tomber une figurine surprise. J'adorais tout : le geste, l'attente, la surprise, et les collections qu'on se constituait fièrement. Un jour, l'évidence m'a rattrapée : pourquoi pas pour les souvenirs ?

J'ai toujours aimé l'illustration. Alors plutôt que d'attendre que quelqu'un s'y mette, j'ai décidé de dessiner mes propres visuels et de les glisser dans une machine d'avant, entièrement mécanique. Deux euros, un tour de bouton, une illustration surprise dessinée à la main : le souvenir redevient un moment.

Inès à côté de la machine Illustri, devant la cathédrale de BayeuxUne main tourne le bouton de la machine, sous l'affiche des neuf illustrationsInès souriante, à côté de la machine
Octobre 2026 : la première machine s'installe à Bayeux.

Le processus de création

  1. Le repérage

    Tout commence par la ville elle-même : je repère ce qui la caractérise vraiment. Un monument, une spécialité, un détail que les habitants reconnaissent au premier coup d'œil.

  2. Les essais dessinés

    Je teste ensuite ces idées au crayon, à la main : grain, hachures, matière. Plusieurs essais par sujet, jusqu'à tenir le trait juste.

  3. La validation

    Les visuels aboutis sont validés avec le commerçant : 6 ou 9 illustrations de son lieu, plus une carte surprise, qui ne sont vendues nulle part ailleurs.

  4. L'impression et la mise en machine

    Les visuels choisis sont imprimés en 7 × 10 cm sur papier épais, glissés dans un fourreau en carton rigide, mélangés, puis chargés dans la machine. À partir de là, c'est le hasard qui distribue.

Le moulin de Bayeux, photographié pendant le repérageLe même moulin, en cours de dessin sur iPadInès en train de dessiner à son bureau

Collectionnez la France

Mon objectif : redynamiser le secteur du souvenir. Des machines d'avant installées dans les lieux qui comptent, partout en France, et des illustrations qu'on collectionne au fil de ses voyages. Chaque carte prend de la valeur parce qu'il en existe d'autres ailleurs : la collection donne une raison de chercher la machine suivante.

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